Premiers contacts: Une visite au marché de Mapusa, Goa

Le ventilateur de ma chambre continue à battre l’air et chasser les moustiques. En fait, les moustiques ne sont pas trop présents pour le moment, seulement après la tombée de la nuit et pour un bref instant.

Le propriétaire de la maison où je me suis établi veut installer l’Internet à haut débit et il n’y connait pas grand-chose. Je lui ai offert mon aide et assistance et nous sommes allés ensemble voir l’homme en charge de l’installation initiale, là où se trouve la centrale téléphonique du village…

L’endroit est tout petit. Il y a des appareils téléphoniques un peu démodés amassés partout dans des boites en carton. Nous n’avons pu obtenir aucune information technique et K. a décidé de m’emmener avec lui en ville au bureau central de la compagnie nationale de téléphone. Ma première impression est qu’il semble que les choses se fassent à leur propre rythme ici.

La centrale téléphonique est à l’autre bout du village, qui est plus étendu que je ne pensais. Ce matin, K. conduisait une petite voiture du genre R5, pas très jeune. Cet après-midi, nous nous sommes rendus à Mapusa dans sa voiture plus récente conduite par le chauffeur. J’étais assis sur la banquette arrière à côté de mon hôte. Nous n’avons trouvé personne aux bureaux de la ville et sommes repartis bredouille avec un numéro de téléphone. Nous avons fait quelques arrêts ; mon hôte avait besoin de quelques courses. Puis nous sommes allés au marché où il a acheté quelques légumes dont une fleur de bananier. Je ne savais pas que cela se mangeait.

K. est assez réservé, et nous avons à peine jasé sur la route. Il m’a néanmoins appris que cet état de Goa était une ancienne colonie portugaise jusqu’en 1960 et l’indépendance. Les portugais sont restés ici plus de 450 ans. On le voit dans l’architecture de beaucoup de maisons en ville et d’églises qui me rappellent le Mexique, le style colonial hispanique. K. est né l’année de la mort de Gandhi sous le régime portugais. Sur le chemin du retour, je regardais les champs de riz et les cocotiers qui peuplent l’horizon défilés à ma fenêtre. L’air climatisé ronronnait.

Vendredi est jour de marché en ville et je vais y retourner avec Gilbert, l’homme qui reçoit les visiteurs. Nous sommes devenus amis et il va prendre une demi-journée de repos pour m’accompagner. Il attend vendredi avec impatience. Nous allons prendre le bus en demi-matinée et nous rendre au marché. Je veux acheter deux chemises ou t-shirts et peut-être une paire de pantalon. J’ai vu beaucoup de petits magasins avec des machines à coudre, et je suis sûr que je peux faire faire les rajustements au nécessaire.

Gilbert travaille ici depuis un mois. Il a 45 ans, est marié et à 2 enfants de 11 et 8 ans. Sa femme habite sur la côte est, à Chennai, à 24 heures en train d’ici. Elle y a un travail comme enseignante. Il vit dans la salle d’accueil, le bureau de réception. Le soir, il installe son matelas sur les bancs et se fait son lit. Il est disponible 24 heures sur 24, tous les jours. Il reçoit 2000 roupies par mois (40 euros) et en envoie les 3 quarts à sa femme. Il est nourri par la famille. Je l’invite souvent à une cigarette et parfois une bière. Il vit avec 10 euros par mois pour ses dépenses personnelles. La maison compte aussi une cuisinière, deux femmes de ménage, un chauffeur et un homme à tout faire qui a des difficultés pour parler. Les femmes de ménage reçoivent aussi 2000 roupies par mois. On me dit que le système de classes et de castes est très bien défini ici et que chaque niveau a ses propres degrés.

La maison est très bien organisée et tourne toute seule. Gilbert m’apporte un thé tous les matins. Je lui ai demandé une théière pour 2 ou 3 tasses. Le ménage est fait tôt le matin. Les filles parlent sans arrêt entre elles. Elles sont toutes très souriantes et assez joyeuses.

Après quelques jours, j’ai découvert un toit terrasse où l’on étend le linge. La vue sur les alentours est superbe. Le village est enfoui sous une jungle tropicale de cocotiers et de plantes de toutes sortes. Sur la terrasse, je suis devenu copain avec les deux jeunes femmes qui s’occupent du ménage et de la lessive. Elles sont vraiment charmantes. La langue est une barrière que nous franchissons de notre mieux. L’une comprend et parle un anglais très rudimentaire.  Il y a aussi la différence de culture. Certaines choses se disent, d’autres pas. Par exemple, ici, les couples ne font jamais preuve de leur affection en publique. On ne voit pas de couples s’embrassaient, ni se tenir par la main. Il en est de même pour la conversation : De quoi parlent ces personnes ? J’apprends un peu plus chaque jour.

La plupart des personnes que j’ai rencontrées parlent peu, voir très peu anglais. Mais l’anglais est néanmoins utile pour le commerce et les services. Si je veux vraiment faire connaissance avec l’Inde, il me faudra apprendre une langue indienne. Il y a en 40. Chaque état, voire même région a sa propre langue. Hindi est la langue officielle nationale. Elle est apprise à l’école et est utilisée dans les médias au niveau national. Tout le monde en Inde est censé parler Hindi. Mais en fait, certains ne le parlent pas très bien non plus. Je me suis donc mis à apprendre l’Hindi. Il faut être patient. La prononciation ne devrait pas poser de problème. Je reconnais tous les sons, un mélange de voyelles et consonantes entre le français et l’espagnol. Il y a certains sons nasaux. On roule les « r ». « Mein atchha hon » « Je bien suis = je vais bien».

Les gens que j’ai rencontrés jusqu’à présent ont été très gentils. J’aime parler avec les personnes de 60, 70 ans, du temps de la colonie portugaise. Certains se rappellent de la présence des Portugais. Certains même peuvent parler portugais, 80 ans et plus.

Mes deux nouvelles amies à la Guesthouse me surprirent il y a deux jours lorsqu’elles parlèrent de mes yeux. L’une croyait que mes yeux n’étaient pas naturels. Elle voulait savoir combien je les avais payés. Elle n’avait jamais vu des yeux qui changent de couleur comme les miens. Leurs yeux sont noirs ou bruns très foncés.

Ma seconde visite à Mapusa s’est faite en bus. Les routes sont étroites et les bus vont bon train. La conduite ne rappelle en aucune sorte le chauffeur normand ou lillois des villages envoisinant la ville. Le transport est privé. Tout ici suit d’autres normes. Il faut juste les accepter et faire avec, et oublier le reste. Comme dit le dicton : « Dans le pays où tu vas, fais ce que tu vois. » Mon séjour en Jamaïque fut un bon entrainement.

Le parfum du marché est difficile à décrire. Des parfums de toutes sortes. J’aime particulièrement découvrir de nouveaux fruits et légumes. Et j’en ai découvert 3 ou 4 que je dois goûter très bientôt. J’ai aussi fait connaissance avec la tradition hindoue des décorations en fleurs naturelles comme offrandes aux Dieux. Certains sur le marché vendaient des fleurs au kilo, uniquement la fleur, sans la tige ni les feuilles. Dans la section couverte du marché, des femmes, jeunes et plus âgées, étaient assises en ligne contre le mur et tressaient toutes sortes de colliers et autres ornements avec des fleurs blanches, jaunes, et oranges.

Après deux heures de marché et une chaleur accablante que seuls quelques fous comme moi réussissent à surmonter tout en gardant posture, nous avons repris le bus pour notre retour au village. Mon guide avait chaud. La centrale de bus était aussi bruyante et chaotique qu’il est possible d’imaginer.

De retour au village, j’ai découvert qu’il y a un groupe d’Hindous qui eux aussi sont stricts végétariens. On les appelle les Brahmines. Je vais essayer d’en rencontrer quelques uns dans quelques jours. Un nouvel ami va me faire voir leur temple demain, ici dans le village. On m’a dit également que certains musulmans sont aussi stricts végétariens. Tout cela est nouveau pour moi et je suis curieux d’en apprendre un peu plus.

La multiplicité culturelle ici est extraordinaire. Tout le monde vit en respectant son prochain, quelque soit sa foi. Tous partagent les mêmes choses au quotidien mais chacun avec sa propre identité et spécificité. Le laisser-aller est typique des tropiques et me rappelle constamment que la vie vaut la peine de prendre son temps. Tout n’est pas sans ses soucis, mais il faut en tirer le meilleur parti. Il semble également que chacun appartient à un système bien défini, qu’il soit de classe, caste ou/et religion. N’appartenant moi-même à aucun, je suis parfois une énigme que certains ont du mal à comprendre.

Il est fascinant de voir un monde tel que le notre avec tant de vies uniques et pertinentes, tant de langues et de moyens d’exprimer son être, ses sentiments et son esprit.

J’ai demandé que l’on répare le bouton qui contrôle le ventilateur de ma chambre. Je suis limité à une vitesse, maximum vélocité. Je ne peux pas l’éteindre non plus. Mes cheveux volent au vent. J’ai la chair de poule sous les tropiques. Les moustiques s’écrasent sur les carreaux. Je vous en reparle plus tard.

L’album photo « Goa : Marché de Mapusa » est prêt. Les rues sont envahies par les scooters et petites motos de tout genre. Je suis juste resté sur le marché.

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