Écoles et ordinateurs – le cas de Santa Maria, Valle de la Convention, Cuzco. Mars 2010.

Pérou, j’ai entendu dire, investit beaucoup dans la technologie informatique pour les écoles. Quand j’étais en France, le groupe parisien de développeurs de l’OLPS XO – le projet «One Laptop Per Child – m’avait invité à découvrir leur recherche. J’avais alors noté un manque évident de pédagogues parmi eux. On m’a dit à Paris que les ordinateurs XO étaient très populaires au Pérou et que de nombreuses écoles les utilisaient. Au Pérou, j’ai entendu dire que les écoles ont également reçu de nombreux ordinateurs traditionnels et que les gens du gouvernement précédent en ont profité pour améliorer leur image.

J’ai eu l’occasion d’en apprendre davantage sur la situation actuelle grâce à mon nouvel élève – el Maestro – que j’ai rencontré le premier soir de mon arrivée à Santa Maria (voir « Le gringo de Santa Maria » dans ce blog). J’ai aussi rencontré un enseignant qui travaille dans une école d’une petite communauté qui a été isolée en raison des coulées de boue. Il utilise l’ordinateur OLPC XO avec ses étudiants. Il devait me montrer la machine, mais ne l’a jamais fait. Il se plaignait qu’il y avait très peu de logiciels installés pour les enfants, mais également a mentionné qu’ils avaient accès à certains documents pédagogiques satisfaisants. Son problème principal était la nécessité d’avoir l’électricité. De nombreuses familles ne l’ont pas à la maison, ce qui limite l’utilisation des ordinateurs par les enfants.

La situation à l’école primaire de Santa Maria était très triste. L’école a reçu 10 ordinateurs environ 6 mois plus tôt. Le directeur de l’école croyait qu’ils étaient tous neufs alors qu’ils avaient probablement 3 à 5 ans avec une version incomplète de Windows XP. Tous fabriqués en Chine, une marque dont  je n’ai jamais entendu parler. Le système d’exploitation et l’antivirus n’avaient pas été actualisés depuis 2008 et ils étaient tous pleins de virus très virulents. Les deux seuls logiciels installés étaient Microsoft Office 2007 et Microsoft Encarta, une encyclopédie. Il n’y avait pas de logiciels éducatifs et rien du tout pour l’école primaire. Les ordinateurs ressemblaient plus à des machines de bureau. Ils étaient configurés sans aucun type de sécurité ou de protection. Le directeur avait insisté sur le fait que les ingénieurs de la municipalité venaient régulièrement pour l’entretien et les mises à jour et elle avait beaucoup de mal à croire ce que je lui disais sur l’état de ses ordinateurs. Je lui ai montré la date de dernières mises à jour et elle a finalement accepté que quelque chose n’allait pas. Je lui ai donné un rapport détaillé de 4 pages pour qu’elle puisse communiquer avec la municipalité et corriger les problèmes. Elle m’a dit plus tard que l’ingénieur serait bientôt de retour et que je ne devais effectuer aucun changement à la configuration des ordinateurs. Les enseignants n’avaient aucune idée de la façon d’utiliser les ordinateurs ni quoi faire avec ces machines et les enfants. Les enfants, quant à eux, étaient dans des classes chaudes et humides sans ventilateur. Les enseignants me disaient qu’ils travaillaient sur les sujets plus complexes avec les enfants entre 8 et 10 heures, avant qu’il ne fasse trop chaud. De mon point de vue, ils seraient mieux avec 10 ventilateurs plutôt que 10 de ces ordinateurs!

Les classes que j’ai pu organiser avec les 9 professeurs ont été très dures et pénibles. Ces enseignants ont une attention bien limitée, ils parlent et interrompent tout le temps, et ont une mémoire très faible, semble-t-il. La situation avec les enseignants me fascinait car ils étaient des gens instruits et des enseignants eux-mêmes destinées à utiliser ces appareils. Je m’attendais à plus d’enthousiasme et de motivation. En fait, j’ai dépensé beaucoup d’énergie à  tout simplement les motiver et encourager. Leur manque d’attention était remarquable. Il est bien dommage de constater le peu qu’ils ont appris pendant ces 10 sessions et le peu de temps qu’ils étaient disposés à consacrer à leurs études. On m’avait  réservé deux heures par jour. Ils arrivaient avec 10 à 15 minutes de retard et tous partaient après une heure. La plupart d’entre eux vivaient à Quillabamba – la ville la plus proche à une heure en voiture – et tous se précipitait à 1:00 pm pour attraper l’autobus. Il était impossible de les garder plus longtemps. Ils sortaient tous sans même dire au revoir. Aucun d’eux ne faisait de pratique entre les classes, bien qu’ils avaient accès à ces ordinateurs toute la journée, et la plupart d’entre eux oubliait tout d’un jour à l’autre.

Si cela est représentatif de ce qui se passe dans toutes les petites communautés du Pérou, la situation est vraiment mauvaise. Une fois encore, nous avons ici la situation classique. Le gouvernement fournit des ordinateurs, mais pas de logiciel adéquat, pas de formation et de techniciens qualifiés. Les ordinateurs contiennent  tous des produits de Microsoft conçue pour le travail de bureau, pas les écoles. À la fin de la journée, seul Microsoft en profite ici. J’espère simplement que quelques-uns de mes professeurs se sentent  assez motivés maintenant pour poursuivre leurs études.

Pour effectuer un changement réel ici, je devrais rester pendant un an ou deux,  former les techniciens des municipalités autour, définir un ensemble de bons programmes à installer sur les machines en fonction du niveau des élèves, former les enseignants et développer certains type de réseau pour que tout le monde soit connecté et motivé. Ce que j’ai fait c’est juste une goutte d’eau dans l’océan. Quel dommage!

Malgré tout cela, à la fin de mes classes de deux semaines, je me suis senti tout à fait positif avec mon groupe de 9 enseignants. Ils avaient tous appris leur base, certains mieux que d’autres. Ils avaient également appris à travailler ensemble et à s’entraider. Peut-être 6 ou 7 d’entre eux continueront à pratiquer et améliorer leurs connaissances. J’ai certainement insisté sur la nécessité de poursuivre les études et leur ai montré les outils qu’ils peuvent utiliser pour continuer à s’éduquer eux-mêmes.

Maintenant tout est entre leurs mains.

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