A la découverte de la campagne autour de Cochin, Kerala

Les « Backwaters… »

Après une semaine à errer dans les rues de Cochin du Nord au Sud et d’Est en Ouest à pied et aussi en scooter avec mon hôte au guidon, j’ai commencé mon exploration de la région en me rendant à Chellanam, une petite communauté à une heure de bus au sud de Cochin. Jojo, qui habite dans la maison juste à côté de la mienne et qui est marié avec une nièce de mon hôtesse, est originaire d’un petit village non loin de Chellanam. Il m’a invité à faire une petite ballade dans son village natal. Le fils ainé de la maison nous a également accompagnés. Mon hôte lui avait donné suffisamment d’argent pour payer mes billets de bus, malgré mon opposition. Il m’a aussi fait comprendre qu’il ne fallait que je paie pour Jojo ni que je lui achète de bière !

Nous avons pris un bus local vers 7 heures du matin et après une heure de voyage assez inconfortable et fort bruyante, le bus nous a laissé au beau milieu de la campagne. L’air y était bien plus agréable à respirer et le silence régnant me rappela combien j’avais besoin de m’éloigner le plus possible des villes. A perte de vue s’étendaient des rizières inondées à cette période de l’année et utilisées pour l’élevage de poissons. D’après Jojo, les rizières sont asséchées vers le mois de Juin ou Juillet afin de cultiver le riz, pour une récolte vers le mois de septembre ou octobre.

Nous avons suivi à pied une petite route en assez mauvais état (dû aux pluies torrentielles de l’été) qui nous conduisit quelques quatre kms plus loin dans un village où habite toute la famille de Jojo. Là, un de ses cousins a grippé en haut d’un cocotier d’une trentaine de mètres de hauteur en utilisant deux cordes, l’une autour de ses chevilles pour retenir ses pieds ensemble et l’autre qui lui servait à entourer le tronc du cocotier et à laquelle il s’agrippait des deux mains. En un rien de temps, il était au sommet et décrochait 4 noix de coco qu’il laissait tomber jusqu’au sol l’une après l’autre. Chacune des noix de coco contenait environ trois verres d’eau de coco, un véritable délice. Après une petite demi-heure de pause chez la famille de Jojo, nous avons repris notre marche vers la route principale afin de retrouver le bus qui nous emmènerait à Cochin. Avant de repartir, nous nous sommes arrêtés chez une des cousines de Jojo qui nous a offert un thé chaud, le fameux « chai » (prononcé « chaille »). Le paysage dans cette région est vraiment remarquable et j’ai eu l’occasion d’observer de très jolis oiseaux et plusieurs hommes et femmes submergés dans l’eau jusqu’au cou qui récoltaient leurs poissons avec des petits filets. Les femmes étaient toutes habillées, trempées de la tête aux pieds. Puis nous avons rejoint Cochin un peu après midi, dans un bus bondé et tout aussi bruyant que le premier. A pratiquement chaque coin de rue, on pouvait voir soit une église, soit un temple hindou.

Le lendemain, nous sommes tous allés au mariage d’une cousine de mon hôtesse à Ernakulam. J’ai pris le bateau avec les deux enfants de la maison et deux de leurs jeunes cousins du même âge, puis un bus pour regagner l’église. Une fois de plus, on a refusé de me laisser payer mon transport. Mes hôtes nous ont rejoints plus tard à l’église. Ils étaient venus en bus. Une fois la cérémonie achevée, toute la famille et amis se sont réunis dans une salle en face de l’église qui avait été louée pour l’occasion et où le déjeuner était servi. Mon hôte s’est alors fait un grand plaisir de me présenter à tout un tas de membres de sa famille, frères, sœurs, oncles, tantes, cousins, cousines, neveux et nièces. Impossible de se rappeler de tous ses visages et liens familiaux, encore moins de leurs prénoms tous aussi bizarres et impossible pour moi à prononcer. Il devait y avoir près d’une centaine de personnes. Pas de tables, ni de couverts, uniquement des assiettes et des casseroles énormes contenant le repas du jour à base de riz, poulet et bœuf. Mes hôtes étaient désolés de me voir sans assiette et insistaient qu’il fallait que je mange quelque chose. J’avais beau leur expliquer qu’en tant que strict végétarien, je préférais ne rien prendre, ils auraient malgré tout préférés me voir manger un peu de riz et quelques légumes. Au bout d’un moment, mon hôte me prit par la main et m’emmena dans un bar pas très loin de là pour m’offrir une liqueur et quelques cacahuètes. De retour dans la salle, j’ai remarqué qu’il y avait un énorme plat d’ananas et m’en suis servi une portion généreuse, ce qui rendit mon hôte bien heureux. La présentation de la famille continua le lendemain en fin de journée. Il m’emmena sur son scooter – avec son fils aîné – chez plusieurs de ses oncles et cousins. C’est au cours de notre dernière visite que je rencontrais Samson, un jeune homme d’une trentaine d’années, marié depuis trois ans à l’une des cousines et habitant avec ses parents déjà bien âgés dans une petite maison d’un quartier au sud de Cochin. Samson est un praticien de médecine ayurvédique, une médecine alternative très ancienne et très populaire à base de plantes, d’huiles naturelles et de massages. Samson a étudié pendant plus de 10 ans avec un Maître (instructeur) et a obtenu une licence de l’état de Kerala afin d’exercer sa profession de docteur (ou médecin). Nous sommes restés à peine une demi-heure chez lui, juste assez pour qu’il m’invite à l’accompagner le jour suivant pour sa tournée de patients. « Si tu veux voir comment je travaille, viens avec moi demain. J’ai une moto, je peux te prendre à 9h30. » J’acceptais bien entendu son invitation avec joie.

A 9h30 très précise, Samson s’arrêta devant la maison de mes hôtes. Nous traversâmes Cochin, puis Ernakulam, noyés dans une mer de motos, de scooters et d’autobus. Puis après une pause chez un des frères de Samson, dans la périphérie d’Ernakulam, où l’on m’offrit un « chai » et une assiette de bananes séchées en rondelles, nous nous retrouvâmes à la campagne. Toute la région Est de Kerala est réputée pour ses « backwaters ». Ce sont des rivières et canaux qui couvrent la région toute entière. Le paysage est vraiment splendide. On y voit de l’eau, des cocotiers et des bananiers à perte de vue. Après une quinzaine de kms de petites routes de campagne, nous traversâmes l’une des rivières sur une barge et arrivèrent au village de Varapuzha (« zh » se prononce un peu comme un « r »). C’est ici qu’habitent les beaux-parents de Samson et que se trouvent ses patients. Il y vient tous les jours, généralement avec sa femme qui peut ainsi passer la journée avec sa famille pendant que Samson s’occupe de ses patients. Samson me présenta à sa belle famille, et à plusieurs oncles qui tous habitent sur le terrain familial sur les bords de la rivière Periyar. La rivière est très large, et sillonne au milieu d’une forêt de cocotiers, pour finalement se jeter dans la mer à Ernakulam. Un service de bateaux, appelés « jettis », permet aux habitants de se rendre dans les villages envoisinant et à Ernakulam pour 6 ou 7 roupies en 2 heures et demie. Ces jettis sont subventionnés par l’état et fonctionnent comme des bus. Ils descendent la rivière en zigzagant d’une rive à l’autre. On me servit un « chai » que je bus assis dehors face à la rivière en compagnie du beau-père de Samson et de l’un de ses frères. L’endroit est magnifique et peuplé d’arbres fruitiers de tous genres typiques de la région. L’idée de m’installer pour un mois dans ce village n’était pas pour me déplaire. J’en fis part à mes nouveaux hôtes et l’on me fit voir une chambre avec toilette et douche que je pourrais louer si l’envie m’en prenait. Pour 5 ou 6000 roupies par mois (soit environ 110 euros), je pouvais m’installer ici avec repas compris. La chambre est un peu plus vieille que celle que j’occupe actuellement, mais elle est plus grande. C’est loin d’être le grand luxe, mais j’ai vu pire. Je dis simplement à l’oncle de Samson, propriétaire de la chambre, que je prendrais ma décision après ma visite de la réserve d’animaux sauvages dans le district voisin d’Idukki où j’avais décidé de me rendre pour quelques jours. Je pensais aussi revenir en fin de semaine en jetti pour revoir la chambre. Cela me donnerait également l’occasion d’explorer la région en bateau, une journée relaxe à la campagne.

Samson était déjà occupé avec ses patients et il me fit appeler pour me faire voir sa technique. Il était dans une des maisons de la famille, à quelques pas de là. Une bâche en plastique avait été étendue sur le sol dans une des pièces. Un maçon qui s’était fait mal au dos quelques jours auparavant y était allongé sur le dos, vêtu uniquement de son slip. On m’invita à m’asseoir sur un petit banc et Samson m’expliqua ce qu’il faisait tout en massageant vigoureusement son patient avec un sac en toile d’une quinzaine de centimètres de diamètre et rempli d’herbes médicinales choisies en fonction du problème ou de la maladie du patient. Dans un coin de la chambre, un homme était installé à un petit réchaud à kérosène sur lequel se trouvait une casserole remplie d’huile naturelle dont le parfum envahissait toute la maison. Il y faisait chauffer dans l’huile l’un des deux sacs en toile d’herbes médicinales qu’il passait à Samson une fois prêt. Pendant ce temps, Samson massageait vigoureusement le corps entier du patient avec le deuxième sac. La peau du patient couverte d’huile luisait sous la lumière. Le spectacle était très impressionnant. Il faisait très chaud dans cette petite pièce et je ne suis pas sûr que j’aurais pu supporter la température des sacs sur ma peau aussi bien que semblait le faire le patient. « On répète ce traitement pendant 15 jours, » m’expliquait Samson. « Il y a 107 points dans le corps humain. Le massage permet d’activer chacun d’eux et de libérer tout blocage éventuel. Une fois le massage terminé, le patient doit attendre 45 minutes avant de se laver. » A la fin de la session, on nous servit un « chai » et des bananes, puis Samson m’emmena cueillir quelques herbes médicinales dans le terrain faisant face à la maison. Son oncle nous arrêta alors que l’on retournait chez ses beaux-parents et insista vivement pour que je prenne un petit brandy chez lui. Enfin, nous rejoignîmes la maison des beaux-parents où nous attendait un déjeuner strictement végétarien que sa belle-mère avait préparé pendant notre absence. Samson, son beau-père et moi prirent notre repas sous le regard attentif de la maîtresse de la maison. Je dois dire que ce repas est le meilleur que j’ai eu depuis mon arrivée en Inde. Un véritable délice. C’est alors que j’appris que les femmes mangent après les hommes ici. Après le « chai » qui fit suite au déjeuner, nous repartîmes sur Cochin. Samson s’arrêta une fois de plus près d’une station d’essence pour récolter d’autres plantes médicinale et me déposa à ma porte en fin d’après-midi.

Je repris le chemin de Varapuzha trois jours plus tard, mais cette fois-ci avec le jetti. La journée fut près plaisante et me permit d’observer la vie dans les petits villages qui longent la rivière. Après une heure, le jetti était rempli de passagers très colorés. J’apprécie particulièrement les vêtements que portent les femmes, les saris. Après deux heures, je commençais à me demander si j’allais reconnaître l’endroit de ma destination et descendre à bon port. Je n’étais allé qu’une fois dans ce village, et du bateau, la vue était bien différente. La barge que nous avions prise avec Samson pour traverser la rivière quelques jours auparavant, et l’église qui se trouvait juste à cet endroit me permirent de reconnaitre mon chemin et ce n’est pas sans quelque fierté que j’arrivais à Varapuzha. Samson était occupé avec ses patients. Sa moto était garée dans la cour de ses beaux-parents. Mes nouveaux amis furent bien surpris de me voir arriver seul et me félicitèrent vivement. Cette fois-ci je pris le temps de faire un peu plus connaissance avec le village qui s’étend le long de la rivière et de jeter un nouveau coup d’œil sur la chambre. La maison n’a malheureusement pas d’accès direct sur la rivière et la cour, très petite, ne me permettrait pas d’accrocher mon hamac. Pas vraiment l’endroit idéal. Je décidais donc d’attendre de visiter le district d’Idukki avant de me compromettre pour la chambre. Une fois de plus, on me servit un déjeuner fort savoureux et je repartis avec Samson sur sa moto. Il me laissa à Ernakulam, près du jetti que j’allais prendre pour rejoindre ma maison. Samson était très occupé et je ne voulais pas le retarder. J’aime beaucoup toutes ses rivières et ses paysages tropicaux. Le calme qui y règne est très reposant.

Ma dernière excursion de la semaine me permit de découvrir les « backwaters » au sud de Cochin, à environ deux heures de bus (60 kms), dans la région d’Alleppey ou Alapuzha. Je pris le bus vers 7 heures du matin près du pont qui conduit à Ernakulam. Le chauffeur nous emmena au galop sur la route principale de l’état de Kerala, Highway 47, qui est en très bonne condition. Le bus faisait partie de la ligne dite « Super Fast » (super rapide). Et pour faire honneur à son logo, le chauffeur n’hésita pas une seconde à mettre le pied au plancher tout en appuyant constamment sur le klaxon. A tout moment, il s’arrêtait en catastrophe pour prendre de nouveaux passagers ou en laisser d’autres descendre. Le rythme était totalement délirant, dans un brouhaha infernal du moteur et du klaxon. C’est avec joie et soulagement que je sortis de cet engin infernal à la centrale de bus d’Alapuzha. Il était 9h15. Les jettis se trouvaient juste à côté, ainsi qu’un bureau d’information touristique. Comme je n’avais pas de destination très précise, je m’y arrêtais pour demander conseil : « Je voudrais faire une ballade en jetti d’environ 2 ou 3 heures. Que me recommandez-vous ? » « Allez à Kottayam, c’est à 2 heures et demie d’ici » me répondit-on. « Le jetti part dans 5 minutes, dépêchez-vous ! » Je suis donc allé à Kottayam après une ballade en bateau bien agréable, malgré le bruit imposant du moteur diesel. Le jetti  suit d’abord une rivière, puis traverse un lac énorme dans sa partie sud la plus étroite pour enfin naviguer en zigzagant d’une rive à l’autre sur rivières et canaux à travers tout un tas de petites communautés et des rizières qui s’étendent sur plus de 200 acres. Dans cette région, on produit deux récoltes de riz par an, l’une en février et l’autre en septembre. Tout le secteur est labouré avec des tracteurs, puis les fermiers montent des petits murs en boue et mauvaises herbes pour diviser les parcelles et construire des canaux d’irrigation. Ils sont tous en caleçon, dans la boue jusqu’à la ceinture. A d’autres endroits, des femmes plantaient le riz. On pouvait voir sur certaines parcelles les plantes de riz de 2 ou 3 semaines d’un vert resplendissant sous le soleil.

Nous arrivâmes à Kottayam vers midi et demie. J’avais une heure pour manger avant de repartir sur le même jetti. Pour un euro, on me servit un repas décent dans un restaurant qui se trouvait près de la rivière. Je retrouvais l’équipage surpris de me voir si tôt revenu et nous repartîmes pour une balade de 3 heures dans le sens inverse. De retour à Alapuzha et fort satisfait de mon excursion, je repris le bus infernal pour rejoindre Cochin deux heures plus tard juste avant le coucher du soleil, vers 18h00. Cette petite excursion de 4 heures de bus et plus de 5 heures de bateau ne me coûta qu’à peine 2 euros 50, repas compris. Mais il faut bien admettre que tout cela n’était pas bien confortable. Les bus sont vieux et en assez mauvais état, et la mousse des sièges des jettis est aussi solide que le bois qui la supporte. Je me demande quel peut bien être le plaisir de ces touristes qui passent leurs vacances à aller de ville en ville, suivant un itinéraire souvent plus que chargé et prenant à peine le temps d’explorer une région. Ils doivent rentrer chez eux après un mois bien courbaturés. Le lendemain de mon excursion sur les « backwaters » de Kottayam, je pris un malin plaisir à ne rien faire du tout, si ce n’est observer l’activité de ma petite rue du haut de mon balcon.

L’heure de mon départ de Cochin approche et mes hôtes ainsi que leurs enfants ont exprimé leur chagrin de me voir partir à plusieurs reprises. Ce n’est pas sans tristesse que je vais les quitter dans deux jours. Ils ont tous été d’une gentillesse et d’une générosité sans pareil. J’étais venu découvrir l’hospitalité indienne et ma petite famille de Cochin est un modèle que j’espère retrouver souvent dans les semaines et mois à venir. Quel plaisir c’eut été s’ils avaient habité à la campagne ! Bien que de revenus très faibles, mon hôte n’a jamais hésité à m’offrir une bière ou a payé mon transport lorsque j’allais quelque part avec les enfants, malgré ma ferme opposition. Il m’a fait voir tous les recoins de la ville et m’a présenté à tous les membres de sa famille avec une joie sincère et bien remarquable. Ils n’ont vraiment pas la vie facile. Mon hôte gagne à peine 150 roupies (3 euros) par camion de poivre noir qu’il décharge. En un mois, il en décharge entre 30 et 40, et pendant la saison des pluies, il n’a pas de travail. Durant cette seconde semaine que j’ai passée chez eux, il n’a à peine travaillé. Cela ne les empêche pas d’envoyer leurs enfants à l’école. Le plus jeune va dans une école publique, alors que l’aîné va dans un collège privé qui leur coûtent 1000 roupies (20 euros) par mois. Sans compter le pris du bus chaque jour. J’ai du mal à comprendre comment ils s’en sortent. Leur petite épicerie ne doit pas leur rapporter grand-chose. Cela ne les empêche pas d’être toujours souriants et plus que généreux. Ils resteront une grande inspiration pour moi pendant bien longtemps.

Demain dimanche, nous allons de nouveau à un mariage à Ernakulam. Mon hôtesse me disait dans son anglais assez rudimentaire que tout cela lui coûtait bien trop d’argent et qu’elle aurait préférait ne pas devoir y aller. J’espère avoir le temps de leur préparer un nouveau Dvd avec les photos que prendront les enfants. Je pars le jour suivant pour Kumili (environ 170 kms de Cochin), une petite ville du district d’Idukki qui se trouve à 4 kms de la réserve d’animaux. Le bureau du tourisme de Cochin m’a confirmé que je devrais pouvoir y trouver une guesthouse à bon marché. Je vous en reparle donc un peu plus tard.

L’album photo « Kerala – Backwaters » est maintenant disponible. Voyez tout cela par vous-même !

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